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    Trait d’union : une expérience de coaching parental

    Institut Notre-Dame d’Espérance Couillet

    2009

    Structure d’accueil du projet

    C’est le directeur de l’école primaire et un instituteur  qui sont à l’origine de ce projet. Celui-ci a pris place dans une petite école primaire de Couillet qui accueille bon nombre d’enfants socialement défavorisés et plus souvent qu’auparavant issus l’immigration. Le public scolaire de cette implantation scolaire contraste socialement avec celui de Loverval placée sous la responsabilité du même P.O.

    Constat et ressources de départ

    La constatation était faite des mauvais résultats scolaires des enfants et du manque de suivi à domicile offert par les parents. Les devoirs à domicile n’étaient souvent pas réalisés. A l’origine, il n’existait pas de garderie ou d’école des devoirs après les heures scolaires à l’école. L’aide de la Fondation a permis de créer un accompagnement des enfants détectés comme les plus faibles scolairement.  Elle a notamment servi à défrayer les prestations des professionnels assurant cet accompagnement. Une institutrice, aussi psychologue de formation à la base, s’est associée dès le début à l’équipe de base du projet.

    Objectifs et concrétisation du projet

     Les objectifs du projet consistaient en un tutorat scolaire de l’élève et de sa famille, plus concrètement  en impliquant les parents dans la réalisation des devoirs et  en  favorisant la prise d’autonomie des enfants, de façon à améliorer leurs compétences et résultats scolaires. Il s’agissait au-delà d’augmenter l’intérêt des parents pour l’apprentissage et la scolarité de leur(s) enfant(s), de créer des liens nouveaux avec les familles. Le principe était que chaque instituteur de la première à la sixième année établisse la liste des élèves les plus en difficultés scolaires et livrés à eux-mêmes. Les familles étaient ensuite approchées pour qu’elles collaborent au projet.  Une convention était alors établie avec le(s) parent(s) pour qu’un adulte de l’entourage participe  à l’école de devoirs aux côtés de l’enfant. Concrètement, trois fois par semaine, après un  goûter offert, les enfants se mettaient au travail avec l’aide  de l’enseignant responsable  et de son parent ; quand les devoirs étaient terminés, l’enfant et le parent étaient invités à se déplacer jusqu’à l’heure de fin des activités (fixée à 17 heures) dans la pièce voisine  afin de jouer  à un jeu de société ou de découvrir un livre. Le but était de consolider les relations  parent-enfant et aussi d’impliquer les enseignants appelés à repérer les enfants en difficultés scolaires.

    Progrès réalisés

    Dans une majorité des cas, un climat de confiance s’est  installé à l’école de devoirs. De nouveaux parents sont venus spontanément demander de l’aide. Une dynamique positive s’est développée  dans le groupe au départ des familles les plus régulières. Des liens se sont créés entre les parents, le plus souvent des mères qui se sont entraidées, ont fait des activités communes.

    La plupart des enfants du projet ont ‘mordu’ et ont de moins en moins souvent oublié leurs cahiers et  matériel scolaire en classe. Ils ont souvent créé des liens forts entre eux et ont entraîné des condisciples à rejoindre le projet et à prendre du plaisir dans les apprentissages et les devoirs.

    Au fur et à mesure, des enseignants d’abord réticents ont revu leur position. Ils ont reconnu que  l’école de devoir soutenait efficacement  les efforts scolaires des participants. Ils ont remarqué plus de confiance chez les enfants confiés à l’école de devoirs. A un moment, on a consigné dans un cahier différents indicateurs quantitatifs et qualitatifs rendant compte de la fréquentation de l’école de devoirs, du profil et des progrès des élèves participant au projet.

    Effets positifs non attendus

    Certaines mères ont témoigné du fait que ce moment passé à l’école avec leur enfant constituait une vraie bouée d’oxygène par rapport au suivi des devoirs à domicile. Il est arrivé que la psychologue du centre PMS passe dans l’école pour discuter, sous couvert de secret professionnel, entre psychologues de certains enfants suivis en école de devoirs.

    Difficultés et résistances

    Une difficulté tenace semble avoir résidé dans la communication  à tous niveaux. Au-delà, les principes de fonctionnement du projet ont sans cesse dû être adaptés.

    Durant la durée du projet, la ville de Charleroi a délégué à l’école deux personnes pour développer une garderie. Ces dernières  ont envoyé pendant quelques temps  tout.e.  élève désireux/se de commencer ses travaux personnels à l’école de devoirs qu’elles confondaient avec une salle d’étude classique. A l’inverse progressivement, les  activités ludiques de l’école de devoirs ont  été transférées à la garderie qui offrait des activités ludiques et créatives.

    Par ailleurs, les conditions de  participation au projet ont dû être sans cesse rappelées  et progressivement assouplies devant un profil de parents socialement fragiles, souvent  déstructurés de longue date à tous niveaux  et redoutant d’être jugés et pénalisés. Le risque existe de  sous-estimer la diversité des situations  et de surestimer  le pouvoir de la ‘simple’ activation  de mots d’ordre ou d’outils pédagogiques comme le recadrage ou la signature de contrats. Cela peut déboucher sur un écrémage de la population visée au départ. 

    Ainsi a-t-on  dû acter la réalité de familles monoparentales ne pouvant déléguer aucun adulte à l’école de devoirs  et s’est-on progressivement retrouvé avec de plus en plus d’enfants dont les deux parents occupaient un emploi.  Certains enfants non accompagnés sont arrivés dans le projet de manière contrainte et l’ambiance s’en est ressentie.  Des sanctions ont  dû être prises à l’ encontre d’un petit nombre d’entre eux.

    Tous  les instituteurs n’ont pas  voulu jouer leur rôle de ‘rabatteur’ dans ce projet, soit qu’ils n’y croyaient pas, soit qu’ils ne se sentaient pas  écoutés comme experts et partenaires. L’instituteur à l’initiative du projet s’est lui-même retiré à un moment devant un investissement horaire qu’il considérait comme devenu trop lourd.

    Il y a eu un changement de direction durant la troisième année du projet et le nouveau directeur a accepté d’apporter son soutien à ce projet, qui n’était pas le sien au départ, avec déjà l’idée qu’organiser une étude dirigée comme à l’école de Loverval (rappel : même PO) dans laquelle il enseignait  ferait l’affaire. Les personnes qui avaient beaucoup investi dans le projet font le bilan d’un manque de reconnaissance.

    Poursuite du projet

     Après cinq ans de projet « Trait d’Union »,  une asbl « Ensemble, réussissons à l’école » a été créée en juin 2014 pour asseoir  l’école de devoirs ‘parents admis’ qui devait permettre pour une somme modique (0,50€ par enfant) de profiter d’une supervision des devoirs. Mais conjointement et sans concertation, la direction a mis sur place une étude dirigée tenue par une personne ne disposant pas de titre d’enseignement, juste présente pour assumer la garderie de l’étude, ce qui a créé de la confusion et de la concurrence. En juin 2015, l’école de devoirs ‘parents admis’ portée par la psychologue impliquée dès le départ ne travaillait plus qu’avec  une poignée d’enfants,  dont deux enfants turcs qui ne maîtrisaient pas bien la langue française mais qui ont nettement progressé à l’école grâce au projet  (+10% par rapport à l’année précédente).  L’asbl est aujourd’hui en voie de dissolution volontaire.

    Contact

    Cathy Vandenbroeck, psychologue et  co-promotrice du projet : vandenbroeck.cathy@yahoo.fr

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